Catégorie 97 : Scène où un personnage vomit
*
Le récit s'ouvre sur une scène de crime - un infanticide et un suicide - annonçant d'emblée l'issue fatale de cette tragédie moderne. Il explore comment une agression sexuelle détruit irrémédiablement, non seulement sa victime, mais aussi tout son environnement social et familial.
« Au coeur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
La trentaine, Marie est une jeune femme à qui tout semble sourire. Elle mène une vie harmonieuse à Paris avec son mari, Laurent, un avocat ambitieux. Le couple est heureux et projette d'avoir un enfant. Tout bascule lorsqu’elle est violée par son supérieur hiérarchique en rentrant d’un dîner professionnel. Choquée, sidérée, incapable de mettre des mots sur ce qui lui arrive, Marie garde le silence, persuadée que parler détruirait sa vie, son couple, son image.
Elle tente de reprendre le cours de sa vie, mais ce traumatisme la détruit peu à peu ; son silence devient un gouffre. Marie s’enfonce dans une spirale de culpabilité, de honte et de paranoïa. Elle se persuade que son agresseur la surveille, que son corps est souillé, que son mari ne pourrait jamais comprendre. Lorsqu’elle tombe enceinte, elle est convaincue que l’enfant est celui de son violeur. Sa grossesse devient alors un lieu de souffrance, de rejet et d’obsession.
« Jamais, une seule fois, depuis son viol et sa grossesse, on ne lui a demandé si elle voulait garder cet enfant. A chaque femme enceinte, on devrait poser cette question au moins une fois lors de la première consultation gynécologique. L’harmonie conjugale n’est jamais une raison suffisante pour attester un bonheur sincère ni une réelle envie de maternité. La femme peut être sous influence ; une épouse battue, violée, agressée une ou plusieurs fois, moralement ou physiquement meurtrie. On ne sait jamais ce qu’il se passe vraiment dans l’esprit d’une femme. Là encore, après s’être écroulée dans les escaliers, les premières nouvelles que Marie reçoit sont celles de l’enfant à naître et non les siennes. L’enfant reste prioritaire, presque sacralisé. »
Peu à peu, Marie se coupe de tout : de son mari, de son travail, de la société. Son rapport au corps se dégrade, son esprit se fissure. Le roman suit cette douloureuse descente psychologique, implacable, jusqu’à une fin tragique annoncée dès les premières pages.
*
Il m’est difficile de dire si j’ai aimé ce livre tant il est dérangeant. Une chose est certaine : l’écriture de l’autrice mérite d’être saluée pour la manière dont elle affronte un sujet aussi sensible que le viol. Elle met en lumière le poids des conventions, les mécanismes du silence, la honte, la douleur, et même la façon dont l’intimité d’un couple peut se transformer en véritable supplice pour la victime.
Quant à la grossesse… le roman en propose une vision d’une noirceur viscérale, très éloignée des représentations habituelles. La maternité devient ici un lieu de peur et d’angoisse.
L’ensemble est d’une violence psychologique saisissante, renforcée par des descriptions crues qui rendent la lecture parfois éprouvante. L’horreur y est décrite avec une froideur presque clinique, qu’il s’agisse de l’agression sexuelle, de la dégradation du corps ou de cette haine qui se cristallise autour de l’enfant.
Rappelons tout de même que Ines BAYARD a remporté le prix Edmée-de-La-Rochefoucault...
*
Pour en savoir plus :

