31 janv. 2026

Et toute la vie devant nous de Olivier ADAM

Catégorie 42 : Auteur/autrice né(e) une année paire

Je viens de découvrir cet écrivain, né à Paris le 12 juillet 1974 ; j'ai ;à Pari j’ai tout d’abord été attirée par l’ambiance du livre puisqu’il se situe à Draveil, ma commune de cœur depuis près de 30 ans. 
Olivier ADAM présente une écriture fluide, mélancolique, alternant entre introspection et scènes dialoguées. Le ton est grave, mais avec des éclats de tendresse et de lucidité.

*

« Et toute la vie devant nous » d’Olivier Adam retrace quarante ans d’amitié entre Paul, Sarah et Alex, un trio marqué par un traumatisme d’enfance et une quête de vérité, de réconciliation et de sens. Le roman explore les liens qui se tissent, se défont et se reforment au fil des années, dans une France en mutation sociale et intime, de 1985 à 2025.

Voici donc l’histoire de trois personnages, appréhendant chacun, un traumatisme, jamais totalement nommé.

D’abord, il y a Paul, le narrateur principal, resté en partie figé sur une adolescence dont il ne parvient jamais vraiment à se détacher ; c’est un personnage sensible, introspectif, qui porte le poids du passé et cherche à comprendre ce qui a lié et délié « les inséparables ».

Paul vit dans la nostalgie et la relecture permanente du passé : son adolescence est le prisme à travers lequel il interprète tout, une tendance à analyser plutôt qu’à agir et une difficulté à se projeter dans l’avenir.

Si Paul semble figé dans l’adolescence, Sarah, elle, passe sa vie à tenter d’en sortir, comme si cette période avait laissé en elle une brûlure qu’elle cherche à fuir plutôt qu’à comprendre ; charismatique, libre, elle veut partir, s’arracher, se réinventer. Mais cette volonté farouche de rupture ressemble parfois à une fuite en avant. L’événement fondateur de leur adolescence ne la fige pas : il la propulse, presque violemment, vers une vie de ruptures, de choix radicaux, de prises de risque.

Et puis, il y a Alex, sans doute le personnage le plus discret du trio affectif, mais il est aussi l’un des plus complexes. Là où Paul intériorise et où Sarah fuit, Alex encaisse. Il avance, mais avec un poids invisible sur les épaules.
Alex est la force apparente, la fissure intérieure ; il est celui qui semble tenir debout, celui qui ne s’effondre pas, celui qui fait face. Il travaille, construit une vie, assume ses responsabilités. Mais cette stabilité est trompeuse : elle repose sur une forme de silence émotionnel. Alex incarne une troisième manière de vivre le passé : non pas le fuir, non pas s’y noyer, mais le porter comme un sac de pierres.

*

Trois adolescents, liés par un même secret, qui deviendront tour à tour, adultes, parents.

Alex ne verbalise pas : il ne met jamais les mots sur ce qu’il ressent. Il garde tout en lui, « rongé par la haine de soi ». La peinture devient alors un langage de substitution, un moyen de faire sortir ce qui l’étouffe. Il ne parle pas du traumatisme, mais il le transcrit. La peinture devient un exutoire, un espace où il peut affronter des images, des sensations, des émotions qu’il ne peut pas formuler ; c’est une manière de regarder le passé sans l’affronter directement. Ses tableaux ne sont pas décoratifs : ils sont chargés, sombres, traversés de tensions. Ils disent ce qu’il ne dit pas. Ils montrent ce qu’il ne montre pas. Sa peinture le protège de tout effondrement...

Si la peinture est une soupape pour Alex, Paul trouve un refuge dans l’écriture ; c’est une manière pour lui de survivre à ce qu’il a vécu. Écrire devient alors une tentative de mise en ordre du chaos, et parfois même une manière de retarder le moment d’agir.

Paul est un observateur, un analyste. Il ne cesse de revenir sur les mêmes scènes, les mêmes souvenirs, les mêmes silences. Son écriture devient un outil de compréhension : comprendre ce qui s’est passé, comprendre ce qu’ils sont devenus, comprendre ce qu’il ressent encore pour Sarah et Alex. C’est en quelque sorte une manière de lutter contre le temps, contre l’effacement, contre la perte.

Sarah choisira un métier tourné vers les autres : et quoi de mieux que « travailleur social », presque une thérapie déguisée, pour aider les plus fragiles, et de surcroît l’Aide Sociale à l’Enfance….. Elle choisit de réparer, de protéger, de soutenir. Mais ce choix n’est pas seulement professionnel : il est profondément existentiel, une tentative de réparer chez les autres ce qu’elle n’a jamais réussi à réparer en elle. C’est une manière de reprendre du pouvoir sur sa propre histoire, de transformer sa vulnérabilité en force. Mais cette vocation a aussi une dimension ambivalente : elle soigne les autres pour ne pas avoir à se soigner elle-même, elle s’oublie dans l’action pour éviter de regarder en face ce qui la hante. Ainsi, son engagement social est à la fois un élan généreux et une stratégie de survie. D’ailleurs, concernant ses deux amis, elle a bien compris qu’elle était « l’infirmière de l’un et le fantasme de l’autre ».

*

On peut légitimement se poser la question : mais de quel traumatisme parle t-on ?

Pour les deux garçons, l’événement qui les marque à vie est la mort de Clément, un gamin du lotissement, un « petit » qui les suit, les admire, et qu’ils n’ont pas su protéger ; ce traumatisme-là, collectif, crée entre eux une culpabilité diffuse, jamais totalement exprimée ; il fige Paul dans une forme de sidération intérieure mais il pousse Alex à se durcir, à porter le poids du silence.

La mort de Clément est un point de non retour, un moment où quelque chose se brise et ne se répare jamais.

Mais pour Sarah, la blessure fondatrice n’est pas la mort de Clément. Elle est ailleurs, dans sa relation ambiguë, déséquilibrée, presque prédatrice avec Chatel, son professeur de théâtre. Car cette « liaison » n’en est pas vraiment une ; elle est marquée par l’emprise, par une confusion entre désir, domination et vulnérabilité.

Ce n’est pas un traumatisme partagé : c’est un traumatisme solitaire, vécu dans la honte, le secret et la culpabilité.

Là où Paul et Alex sont liés par un drame extérieur, Sarah est marquée par un drame intérieur, qui touche à son corps, à son identité, à son rapport à elle-même.

Car ce roman montre très bien que le passé ne pèse pas de la même manière sur chacun des membres du trio, même s’ils viennent du même lieu, de la même époque, du même milieu social.

Paul, Alex et Sarah, bien que marqués par des traumatismes différents, trouvent chacun une manière singulière de transformer leur douleur en activité pour survivre. Paul, incapable de se détacher du passé, se tourne vers l’écriture. Elle devient pour lui un refuge où il tente de mettre de l’ordre dans ce qui le hante : la mort de Clément, les silences de l’adolescence, les liens brisés. Écrire lui permet de retenir ce qui disparaît et de comprendre ce qu’il n’a jamais su dire. Alex, lui, avance en silence. Il porte la culpabilité de la mort de Clément comme un poids qu’il ne verbalise jamais. Sa manière de ne pas sombrer passe par la peinture, qui devient son exutoire : un espace où il peut transformer ses émotions refoulées en formes et en couleurs, sans avoir à affronter directement ce qu’il ressent. Enfin, Sarah, marquée par sa relation destructrice avec Chatel, choisit une voie différente. Son traumatisme intime la pousse vers l’aide sociale, un métier où elle protège les autres comme elle n’a pas été protégée elle-même. En s’engageant auprès des plus fragiles, elle tente de réparer symboliquement l’adolescente blessée qu’elle a été. Ainsi, chacun d’eux convertit sa blessure en une activité qui lui permet de survivre : Paul par la mémoire écrite, Alex par la création picturale, Sarah par l’action tournée vers les autres.

*

Deux grilles de lecture possibles du roman : une histoire simple et touchante entre trois amis d’enfance ou bien – et c’est celle que je préfère - une grille de lecture plus psychologique, beaucoup plus sombre et complexe.

Car derrière l’apparente simplicité d’un trio se cachent des traumatismes profonds ; le roman devient alors une exploration de la mémoire, de la culpabilité, de la résilience et des stratégies de survie.

Ainsi, « Et toute la vie devant nous » peut se lire à deux niveaux : comme le récit d’une amitié qui traverse le temps, ou comme une plongée dans les mécanismes intimes qui permettent de survivre à un traumatisme. Ces deux lectures ne s’opposent pas : elles se complètent et donnent au roman sa profondeur.

La repasseuse de Bénédicte LAPEYRE


Catégorie 12 : Livre choisi au hasard ou par quelqu’un d’autre

*

Nous sommes à Senlis, en 1900. Le destin de Mone est tout tracé : elle sera repasseuse, comme sa mère…..

Dans la petite pièce où elle travaille, l’air est tiède, chargé d’une fine vapeur qui sent le coton humide et le linge propre. Le fer glisse, souffle, chuchote. Sous sa main, les plis se défont comme des tensions qui s’apaisent. La repasseuse connaît chaque tissu : la douceur d’une popeline, la raideur d’un lin, la fragilité d’une soie qui retient son souffle.

La repasseuse ne franchit jamais le seuil des maisons, pourtant elle en connaît les secrets les plus doux et les plus discrets. À travers les vêtements qu’on lui confie, elle entre dans l’intimité des familles sans bruit, sans effraction. Chaque pièce de linge porte une trace de vie : une odeur, une usure, un pli obstiné, une tache qui raconte un geste, un repas, une émotion. (lire la suite)

13 janv. 2026

Une vie d'amour et de haine de Martine DELOMME

Catégorie 84 : Livre dont le thème est la relation entre mère et fille

*

Le roman met en scène deux femmes, une mère et sa fille, dont les destins s’entrecroisent autour de secrets, de blessures anciennes et d’un amour familial complexe.

L’histoire se déroule dans les Landes, entre mer et forêt. Élodie, une trentenaire énergique, mère du petit Maël, dirige avec passion l’exploitation forestière familiale. Sa vie est déjà bien remplie, entre responsabilités professionnelles et un couple fragilisé par la maladie chronique de son fils.

Elle rend visite deux fois par semaine à sa mère, Fabienne, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ancienne femme brillante, Fabienne a vécu un événement tragique qui a marqué sa vie. Un jour, en pleine agitation, elle murmure des propos énigmatiques évoquant une faute impardonnable. Ce moment déclenche chez Élodie une série de questions et l’envie de comprendre ce passé qui semble hanter sa mère.

Donc, deux femmes, et deux chemins de vie en parallèle ; pour Fabienne, un passé obsessionnel, fait de drames et de désillusions et pour sa fille Elodie, l’héritage d’un secret trop lourd, qui pourrait bouleverser sa propre existence et celle de sa famille.

À travers ces portraits sensibles, l’auteure Martine Delomme aborde les thèmes de la mémoire, de la transmission, des non‑dits familiaux, mais aussi de la force des femmes face aux épreuves.

Si la maladie d’Alzheimer de Fabienne pose la question de la mémoire qui s’efface, l’histoire montre bien comment les choix, les blessures et les silences d’une mère influencent la vie de sa fille.

Martine Delomme privilégie une langue claire, fluide et très accessible. Ses romans se lisent facilement, avec un rythme régulier, une narration linéaire et empathique, adoptant un ton volontairement chaleureux.. C’est un style pensé pour embarquer le lecteur, pas pour le perdre. Elle explore les mécanismes intérieurs sans tomber dans la lourdeur. C’est d’ailleurs sa marque de fabrique : secrets de famille, transmissions, héritages émotionnels, liens mère‑fille ou père‑fille, poids du passé.

11 janv. 2026

L’homme peuplé de Franck BOUYSSE

Catégorie 46 : Livre de poche

*

Harry, un écrivain à succès en panne d’inspiration, décide de s’isoler pour retrouver le goût d’écrire. Sur un coup de tête, il achète une ferme reculée, aux abords d’un village perdu, en plein hiver. La neige, le silence et la solitude semblent offrir des conditions idéales pour se remettre au travail.

Mais très vite, Harry ressent une présence, un malaise diffus. Il a l’impression d’être observé, comme si la maison et les bois environnants étaient habités par des forces invisibles. Les habitants du village, eux, semblent porter de lourds secrets.

Parmi eux, Caleb, son voisin, guérisseur et sourcier, fascine autant qu’il inquiète. Il vit sous l’emprise d’une mère autoritaire et mystérieuse.

Sofia, l’épicière du village, cache elle aussi une blessure profonde. Le maire et les villageois semblent tous liés par une histoire ancienne, faite de rumeurs, de fantômes et de non‑dits.

Au fil des jours, Harry plonge dans une atmosphère de plus en plus étrange, où la frontière entre réalité, mémoire et imaginaire se brouille.

Admirablement bien écrit, le roman explore la manière dont les lieux, les êtres et les histoires passées « peuplent » un homme, jusqu’à influencer son écriture et sa perception du monde

Franck BOUYSSE présente une écriture dense, habitée, sensorielle, avec un langage riche et imagé, qui plonge le lecteur dans des atmosphères puissantes.

L’ambiance du roman est voulue mystérieuse, brumeuse, souvent inquiétante et profondément immersive ; dans un monde rural sans folklore, brut, parfois violent, les personnages sont des êtres cabossés, des solitaires tourmentés aux blessures intérieures et aux zones d’ombre qu’il est difficile de percer.

Ce roman m’a captivée, lentement, indéniablement ; la tension était toujours présente, l’inquiétude, l’attente, le malaise même, invitent à ne pas stopper sa lecture pour enfin connaître les révélations.

Dans chaque livre que je lis, je recherche toujours un intérêt pour la généalogiste que je suis. Le livre explore ce qui se transmet sans être dit : les peurs, les blessures, les croyances, les légendes familiales et bien sûr les histoires enfouies ; il montre également comment un territoire — une maison, un village, une forêt — peut être « peuplé » de ceux qui y ont vécu avant.

En quête d’identité, l’écrivain Harry cherche à comprendre ce qui l’habite, ce qui le façonne. Cette quête intérieure est très proche de celle des personnes qui se lancent dans la généalogie

Certes, cette histoire est loin d’être un roman historique, mais un roman profondément habité par la question des héritages, ce qui en fait une lecture très pertinente pour qui s’intéresse aux dynamiques familiales : comprendre d’où l’on vient, mettre des mots sur ce qui nous traverse, relier passé et présent.

Même si ce n’est pas une enquête généalogique, l’atmosphère rappelle la manière dont certaines familles protègent leurs histoires.

8 janv. 2026

Le malheur du bas de Ines BAYARD

Catégorie 97 : Scène où un personnage vomit

  1. *

Le récit s'ouvre sur une scène de crime - un infanticide et un suicide - annonçant d'emblée l'issue fatale de cette tragédie moderne. Il explore comment une agression sexuelle détruit irrémédiablement, non seulement sa victime, mais aussi tout son environnement social et familial.

« Au coeur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »

La trentaine, Marie est une jeune femme à qui tout semble sourire. Elle mène une vie harmonieuse à Paris avec son mari, Laurent, un avocat ambitieux. Le couple est heureux et projette d'avoir un enfant. Tout bascule lorsqu’elle est violée par son supérieur hiérarchique en rentrant d’un dîner professionnel. Choquée, sidérée, incapable de mettre des mots sur ce qui lui arrive, Marie garde le silence, persuadée que parler détruirait sa vie, son couple, son image.

Elle tente de reprendre le cours de sa vie, mais ce traumatisme la détruit peu à peu ; son silence devient un gouffre. Marie s’enfonce dans une spirale de culpabilité, de honte et de paranoïa. Elle se persuade que son agresseur la surveille, que son corps est souillé, que son mari ne pourrait jamais comprendre. Lorsqu’elle tombe enceinte, elle est convaincue que l’enfant est celui de son violeur. Sa grossesse devient alors un lieu de souffrance, de rejet et d’obsession.

« Jamais, une seule fois, depuis son viol et sa grossesse, on ne lui a demandé si elle voulait garder cet enfant. A chaque femme enceinte, on devrait poser cette question au moins une fois lors de la première consultation gynécologique. L’harmonie conjugale n’est jamais une raison suffisante pour attester un bonheur sincère ni une réelle envie de maternité. La femme peut être sous influence ; une épouse battue, violée, agressée une ou plusieurs fois, moralement ou physiquement meurtrie. On ne sait jamais ce qu’il se passe vraiment dans l’esprit d’une femme. Là encore, après s’être écroulée dans les escaliers, les premières nouvelles que Marie reçoit sont celles de l’enfant à naître et non les siennes. L’enfant reste prioritaire, presque sacralisé. »

Peu à peu, Marie se coupe de tout : de son mari, de son travail, de la société. Son rapport au corps se dégrade, son esprit se fissure. Le roman suit cette douloureuse descente psychologique, implacable, jusqu’à une fin tragique annoncée dès les premières pages.

*

Il m’est difficile de dire si j’ai aimé ce livre tant il est dérangeant. Une chose est certaine : l’écriture de l’autrice mérite d’être saluée pour la manière dont elle affronte un sujet aussi sensible que le viol. Elle met en lumière le poids des conventions, les mécanismes du silence, la honte, la douleur, et même la façon dont l’intimité d’un couple peut se transformer en véritable supplice pour la victime.

Quant à la grossesse… le roman en propose une vision d’une noirceur viscérale, très éloignée des représentations habituelles. La maternité devient ici un lieu de peur et d’angoisse.

L’ensemble est d’une violence psychologique saisissante, renforcée par des descriptions crues qui rendent la lecture parfois éprouvante. L’horreur y est décrite avec une froideur presque clinique, qu’il s’agisse de l’agression sexuelle, de la dégradation du corps ou de cette haine qui se cristallise autour de l’enfant.

Rappelons tout de même que Ines BAYARD a remporté le prix Edmée-de-La-Rochefoucault...

*

Pour en savoir plus :

Prix Edmée-de-La-Rochefoucauld — Wikipédia

Inès Bayard remporte le Prix Edmée de la Rochefoucauld

4 janv. 2026

La femme gelée de Annie ERNAUX

Catégorie 3 : Découverte d’un·e auteur·ice

*

La Femme gelée raconte comment une femme, pourtant éduquée dans l’idée de liberté, se retrouve progressivement « piégée » dans les rôles traditionnels du mariage et de la maternité, jusqu’à sentir son identité se figer.

C’est un texte puissant, intime, politique même, qui éclaire la manière dont la société façonne les destins féminins.

L’auteure Annie Ernaux se construit avec l’idée qu’elle pourra échapper aux modèles figés ; entourée d’une famille modeste, aimante – et moderne pour l’époque – elle a l’impression que tout est accessible. Brillante élève, elle poursuit des études supérieures et se projette dans une vie intellectuelle, libre.

« Prof, le mot qui ploufe comme un caillou dans une flaque, femmes victorieuses, reines des classes, adorées ou haïes, jamais insignifiantes, je ne me pose pas encore la question de savoir à laquelle je ressemblerai. Dans les gradins, sur mon banc à mi-hauteur, je palpite surtout devant ma vie nouvelle. L’aventure, ma chance, ma liberté. Ne pas démériter. »

Elle croit que l’amour et l’égalité dans le couple sont possibles. Elle épouse un jeune homme qui partage au départ ses idéaux. Mais peu à peu, les rôles traditionnels s’imposent…..

« Je n’ai pas regimbé, hurlé ou annoncé froidement aujourd’hui c’est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l’écume d’un ressentiment mal éclairci. Et plus rien, je ne veux pas être une emmerdeuse, est que c’est vraiment important, tout faire capoter, le rire, l’entente, pour des histoires de patates à éplucher, ces bagatelles relèvent-elles du problème de la liberté, je me suis mise à en douter. Pire, j’ai pensé que j’étais plus malhabile qu’une autre, une flemmarde en plus, qui regrettait le temps où elle se fourrait les pieds sous la table, une intellectuelle paumée incapable de casser un œuf proprement. Il fallait changer. »

Alors que son mari, cadre, reste centré sur sa carrière, elle gère la maison, organise le quotidien, tout en assurant son emploi d’enseignante. Ses désirs, sa créativité, son énergie se figent sous le poids des tâches domestiques et des attentes sociales.

Elle réalise alors qu’elle est devenue ce qu’elle ne voulait pas être : une femme enfermée dans un rôle, privée de l’élan intérieur qui l’animait.

« Tu me fais chier, tu n’es pas un homme, non ! Il y a une petite différence, quand tu pisseras debout dans le lavabo, on verra ! Je voudrai rire, ce n’est pas possible, des phrases pareilles dites par lui et il ne rit pas. (…) Toutes les solutions immédiates de me libérer me paraissent des montagnes. La femme qui part au bout de trois mois, quelle honte, sa faute forcément. Il y a un laps de temps convenable . Patienter. C’était peut-être une phrase en l’air, qu’il a dite sans y penser. La machine à se laminer toute seule est en train de se mettre en route. »

Peu à peu, elle prend conscience que ce gel n’est pas individuel mais collectif : des milliers de femmes vivent la même contradiction entre aspirations personnelles et contraintes sociales.

J’ai découvert cette auteur à l’écriture simple, aux phrases courtes et dépouillées, pas de métaphores flamboyantes et aucun lyrisme. Un style plutôt reposant mais rapide, avec un inventaire des gestes et des objets (épicerie, école, repas, vêtements) et une observation minutieuse des comportements sociaux .

Je ne vous cache pas que ce livre résonne en moi, même si je suis de la génération après Annie Ernaux ; les choses n’ont pas évolué aussi vite, et j’ai même l’impression, que par certains côtés, nous faisons machine arrière ces dernières années. Être femme, mère, épouse et professionnelle à la fois, dans un monde où les inégalités et les rôles de genre se perpétuent encore, demande une force quotidienne, une vigilance de chaque instant, presque une résistance silencieuse. Il faut tenir bon pour ne pas « bercer du côté obscur » et rester fidèle à ses convictions et à sa chère liberté.

*

Pour en savoir plus :

Annie Ernaux — Wikipédia

Quotidien et Rapports Sociaux de Genre dans La Femme Gelée d’Annie Ernaux

De l’homme simple au style simple : les figures et l’écriture plate dans La Place d’Annie Ernaux

Programme de khâgne A/L 2023 : le style d'Annie Ernaux - Major Prépa

15 publicités sexistes qui vont forcément vous choquer !

1 janv. 2026

Une heure pour broder, voire beaucoup plus...

Voici une jolie grille de Solo brode.

J’ai choisi deux couleurs qui me tiennent particulièrement à cœur :

  • Le pourpre, symbole du féminisme, de la force tranquille et de la solidarité entre femmes. Une couleur qui porte en elle l’histoire des luttes, mais aussi la fierté, la dignité et la créativité.

  • Le vert, couleur du renouveau, de l’espérance et de mon attachement profond à la nature. Il évoque les cycles, les racines, la croissance — tout ce qui nous relie à la terre et au vivant.

Ces deux teintes se répondent, se complètent et racontent quelque chose de moi : un mélange de convictions, de mémoire et d’élan vers l’avenir.

Cette grille est une invitation à prendre le temps, à savourer chaque point, à se reconnecter à soi. Une heure pour broder… et peut-être un peu plus, si le cœur vous en dit.

Dans le cercle chromatique classique, la couleur complémentaire du vert est le rouge ; mais le rouge est une couleur que je n’aime pas trop (allez savoir pourquoi ! ) ; j’ai donc opté pour le pourpre (ou violet clair) ; je trouve que le vert et le pourpre forment une association très harmonieuse.

Ces deux couleurs créent un contraste riche et élégant – vous noterez les paillettes – ils se marient très bien dans le design et la décoration ; j’ai donc décidé de l’utiliser pour la nouvelle année 2026 et de recouvrir mon agenda.

Deux petits noeuds très « kitch », un bout de dentelle.... L’année dernière, mon agenda 2025 était « ensoleillé », cette année il sera naturel et dynamique.

Défi Lecture 2026

Cette année, j’ai choisi de changer un peu d’horizon littéraire. Après plusieurs éditions passées à suivre le challenge de Mademoiselle Farfalle (groupe FB depuis 2022) — que j’ai toujours beaucoup apprécié pour sa simplicité et son esprit convivial — j’ai eu envie d’explorer un format différent.

Pour 2026, je me lance donc dans le Défi Lecture 2026, un challenge plus vaste, plus ludique et très créatif, avec ses 100 catégories et ses défis saisonniers. C’est une manière pour moi de varier mes lectures, de sortir de mes habitudes et de découvrir des livres vers lesquels je ne serais peut‑être jamais allée.

Ce changement n’est pas un renoncement, mais une envie de nouveauté – j’ai d’ailleurs totalement abandonné le challenge 2025 - de curiosité et de plaisir de lecture. Je me réjouis déjà de partager mes découvertes au fil de l’année.

Pour surajouter à ce défi, je reprends le suivi des ateliers du Cercle de lecture de la Parentaise Enfantine (Vigneux sur Seine), une autre façon d’échanger, de partager, et cette fois-ci en live.

*

Le Défi Lecture 2026 est un grand jeu littéraire qui propose 100 catégories de lecture, plus 12 défis saisonniers répartis sur l’année. L’objectif n’est pas de tout lire, mais de s’amuser, de varier ses lectures et de découvrir des livres vers lesquels on ne serait jamais allé.

Chaque numéro correspond à un type de livre à lire : on choisit librement un titre qui correspond à la consigne. Et bien évidemment, les catégories sont à valider dans n’importe quel ordre !

Pour aider les participant(e)s, les « admin » ont mis à notre disposition un fichier avec les explications et des conseils de lecture (Rubrique A la Une sur le Groupe FB) ; attention, le fichier contient tout de même 232 pages.

*

LES CATÉGORIES

  1. Livre graphique

  2. Coup de cœur des membres de la section “réponse à la question” à leur entrée dans le groupe

  3. Découverte d’un·e auteur·ice

  4. Joker

  5. Lire un·e auteur·ice autoédité·e

  6. Les noms ET prénoms de l’auteur·ice contiennent un maximum de 2 voyelles différentes

  7. Auteur·ice issu·e des premières nations

  8. Auteur·ice avec un prénom ou un nom de couleur

  9. Auteur·ice sud-américain·e (liste exhaustive de pays)

  10. Livre banni aux USA 2023–2025 (liste exhaustive)

  11. Livre publié pendant l’entre-deux-guerres (nov. 1918 – sept. 1939)

  12. Livre choisi au hasard ou par quelqu’un d’autre

  13. Livre en lien direct avec une mafia ou gang/crime organisé (réel)

  14. Titre contient le nom d’un fruit ou un légume

  15. Titre en un mot (hors nom propre)

  16. Titre contient un nom de métier/travail rémunéré

  17. Couverture majoritairement jaune (+45 %, hors unie)

  18. Couverture montre une cuisine ou une partie de celle-ci ou titre contenant l’un des mots suivants : cuisine, cuisinier ou cuisinière

  19. Couverture la plus moche de votre PAL

  20. Couverture ayant un objet évoquant le temps qui passe (horloge, sablier, calendrier…)

  21. Les numéros de chapitre sont écrits en toutes lettres

  22. Livre dont le personnage principal est à minima quadragénaire

  23. Mot cacahuète, cacahouète, arachide ou peanut dans le texte

  24. Le nom de la maison d’édition contient plus d’un mot (hors Le Livre de Poche, J’ai Lu et noms propres)

  25. Roman épistolaire ou sous forme de journal

  26. Roman choral

  27. Roman qui se déroule entièrement à l’époque victorienne

  28. Passage qui se déroule dans un lieu de culte

  29. Titre contient le préfixe “re” / “r” (redevenir, revenir…)

  30. Titre qui contient le nom d’une ville/village réel

  31. Dont la première édition a eu lieu entre votre naissance et votre majorité

  32. Roman dans lequel on retrouve la mention d’une race de chien

  33. Roman dont le titre a changé

  34. Titre avec les mots diable ou démon

  1. Titre homophone de “vert” (vers, verre…)

  2. Titre qui contient un des 4 éléments (air, terre, feu, eau)

  3. Couverture avec un ou des cœur(s)

  4. Couverture avec un ou des éléments maritimes

  5. Nom ou prénom de l’auteur/autrice comporte 3 voyelles qui se suivent

  6. Nom de l’auteur/autrice ayant un signe diacritique

  7. Auteur/autrice de la Ligue de l’Imaginaire (liste exhaustive)

  8. Auteur/autrice né(e) une année paire

  9. Roman qui se déroule sur moins d’une semaine

  10. Roman qui contient une référence à l’IA (intelligence artificielle)

  11. Un témoignage écrit par un proche ou une personne concernée par les faits

  12. Livre de poche

  13. Roman qui contient une expression en lien avec la nourriture

  14. Roman dans lequel on retrouve le mot chocolat / fromage / saucisson

  15. Un livre proposé dans le livre “1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie” (liste exhaustive)

  16. Livre qui vous semble être le plus vieux de votre PAL

  17. Livre écrit à quatre mains

  18. Titre qui contient le nom d’une carte majeure de tarot (liste exhaustive)

  19. Un livre qui contient un prologue

  20. Un roman dans lequel il y a une scène d’enterrement ou de veillée funèbre

  21. Un roman dans lequel le personnage principal ou un personnage important est un ou une domestique

  22. Un livre avec une mention de fabrication écologique

  23. Une œuvre de fiction (roman, poésie, théâtre…) qui passe le test de Bechdel (voir définition)

  24. Un livre dans lequel un personnage important porte un bijou (décrit)

  25. Un livre avec un marque-page en cordon attaché au livre

  26. Un livre d’une maison d’édition ou collection créée entre 2020 et aujourd’hui

  27. Un livre qui contient une référence à Jane Austen

  28. Lire un livre mentionné dans un autre livre que vous avez lu pour le défi 2026

  29. Un livre qui contient les mots étincelle(s), étincelant(e)(s) ou étinceler (toute forme conjuguée acceptée) dans le texte

  30. Un livre dans lequel un personnage important révise ou passe un examen ou un concours

  31. Un livre dont le titre contient le mot bibliothèque(s), bibliothécaire(s), librairie(s)

  32. Un livre qui porte le même titre qu’un autre livre

  33. Un livre dans lequel un personnage a une fonction religieuse (prêtre, rabbin…)

  34. Un livre que vous avez déjà lu

  35. Un livre écrit par une femme qui a obtenu un prix Nobel (littérature ou autre)

  36. Un livre qui compte plus de 300 pages et moins de 400 pages

  37. Un livre dont le/la traducteur·ice est également écrivain·e ou écrit par un·e auteur·ice qui est également traducteur·ice

  38. Un livre issu d’un podcast ou d’une émission

  39. Un livre dont le titre ou le texte comporte le mot éphémère(s) ou éphéméride(s)

  40. Un livre dont le personnage principal est courageux

  41. Un livre en rapport avec le jeu

  1. Un·e auteur·ice décédé·e l’année de votre naissance

  2. Lire le tome 2 d’une trilogie

  3. Livre dont un personnage vous agace

  4. Titre qui contient le nom d’un animal superprédateur réel (liste exhaustive)

  5. Livre dans lequel est mentionné un détective célèbre (liste exhaustive)

  6. Livre dans lequel on retrouve une référence directe ou indirecte à Alice au Pays des Merveilles

  7. Livre dont la couverture représente un serpent ou une pieuvre

  8. Livre où on trouve un crâne / tête de mort sur la couverture

  9. Livre dont le thème est la relation entre mère et fille

  10. Livre où il y a une scène dans les escaliers

  11. Livre que vous conseilleriez à votre meilleur·e ami·e après une rupture

  12. Roman qui se déroule dans un pays du Maghreb ou du Moyen-Orient (liste exhaustive de pays)

  13. Roman dans lequel une scène se déroule soit sous l’eau, soit sous terre

  14. Roman dont l’action se déroule principalement pendant les années 1960

  15. Roman dont la couverture représente un objet tranchant

  16. Personnage qui a / a eu un accident

  17. Personnage qui déménage dans un nouveau lieu de vie

  18. Personnage qui se découvre un don ou un talent particulier et insoupçonné

  19. Personnage qui est une femme de pouvoir

  20. Personnage qui se retrouve entravé ou ligoté

  21. Roman où on trouve une famille monoparentale

  22. Scène où un personnage vomit

  23. Personnage monstrueux

  24. Roman où il y a une invention technologique (réelle ou imaginaire)

  25. Éphémère

  26. H1 – D comme la première lettre du titre de votre livre

  27. H2 – Titre ou couverture avec un mot en lien avec l’art du fil

  28. H3 – Couverture montrant une tasse

  29. P1 – E comme le prénom d’un·e auteur·ice (il faudra lire un livre dont le prénom commence par E)

  30. P2 – Titre ou couverture évoquant le mariage

  31. P3 – Couverture représentant un instrument de musique

  32. E1 – F comme le nom d’un·e auteur·ice (il faudra lire un livre dont le nom commence par F)

  33. E2 – Titre en lien avec la mer

  34. E3 – Couverture sur laquelle on peut voir un morceau de corps dénudé ou partiellement dénudé

  35. A1 – I comme Irlande ou Italie (livre se déroulant au moins en partie dans un de ces deux pays)

  36. A2 – Couverture sur laquelle apparaît un élément ou être surnaturel

  37. A3 – Titre comprenant un mot type membre de la famille

*

UN TABLEAU POUR SUIVRE SES LECTURES

En consultant le groupe, vous pourrez vous apercevoir que certains lecteurs ont la fibre artistique et ont réalisé de superbes carnets de lecture !

Pour ma part, je m’en tiendrai au « numérique ». J’utiliserai donc un fichier Excel contenant la catégorie, le thème et le titre du livre lu avec son auteur : simple mais pratique. Ce sera mon tableau de bord personnel.

Par contre, je continuerai à faire une « fiche de lecture » pour exposer un bref résumé et surtout mon intérêt de lectrice « généalogiste en herbe ».

*

LA LIGNE DE CONDUITE : LE PLAISIR DE LA LECTURE

On peut valider 10 catégories, 30, 80… ou les 100 !

IL est même possible de participer aux 3 mini-défis supplémentaires par saison : Hiver (janvier–mars), Printemps (avril–juin), Été (juillet–septembre), Automne (octobre–décembre).


Si le Challenge de Mademoiselle Farfalle est un challenge plus léger, idéal pour lire sans se compliquer la vie, le Défi Lecture 2026 est un grand jeu littéraire, complet et varié.

Pourquoi ce choix ? Parce que ce défi m’offre une centaine de catégories, parfois farfelues, parfois profondes, toujours stimulantes. Il invite à lire autrement, à explorer des livres qu’on n’aurait jamais ouverts, à croiser les genres, les époques, les formats. Il y a même des défis saisonniers, comme des clins d’œil à la vie qui passe.

Mais au-delà du jeu, c’est aussi une manière pour moi de voir autre chose, de sortir des sentiers battus, de faire respirer ma bibliothèque et ma curiosité. Et qui sait ? Peut-être que certaines lectures nourriront mes projets autour de la mémoire, de la transmission, ou de la généalogie sensible.

Je ne sais pas encore jusqu’où ce défi me mènera, mais je sais qu’il m’inspire déjà.