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15 : Titre en un mot (hors nom propre)
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Ce livre est un
huis clos psychologique étouffant et sombre, un roman noir, certes,
mais que vous ne pouvez pas abandonner avant d’en connaître la
fin.
Louis Forell, un
jeune professeur de SVT se réveille enchaîné au sol en terre
battue d'une cave humide, sans comprendre pourquoi il est là ni qui
l’a enlevé. La chaîne qui le retient ne mesure que trois mètres,
lui laissant à peine la longueur nécessaire pour effleurer la porte
de sa prison. Ses seuls contacts avec l'extérieur se résument à un
plateau-repas que son ravisseur lui glisse lorsqu'il dort.
Alors,
pour
ne pas sombrer dans la folie, il tente de reconstituer
son passé,
fouillant dans ses souvenirs pour trouver un indice qui pourrait
expliquer sa situation et lui offrir une chance de survie. Son
ravisseur, invisible, ne lui parle que par une petite
trappe,
lui transmettant des énigmes
et jouant avec ses nerfs.
« Le
petit prof n’était qu’un jouet. Et on pouvait perdre un jouet,
ne jamais le retrouver. Sans compter que ça éviterait de s’en
lasser, du jouet. On ne pouvait pas passer sa vie à jouer. Ça
passerait, le manque. Ça ne serait bientôt plus qu’un souvenir,
pas même mauvais, pas même bon. Un souvenir posé sur la même
étagère que tous les autres. Un vulgaire jouet à démantibuler.
Comme disait ce bon vieux Robert Duvall dans La nuit nous
appartient, de James Gray : « Quand on pisse dans
son froc, on n’a jamais chaud bien longtemps. » La rencontre
avec le petit prof, comme un délicieux relâchement des sphincters.
Sensation de chaleur. Passagère. La perte, c’était comme de se
sentir mouillé, souillé. Souvenir d’enfance. Et après, ça
séchait. »
La mécanique de
survie : Explorer la mémoire
Pour ne pas sombrer
dans la folie et repousser le désespoir, Louis n'a donc qu'une seule
arme : sa mémoire. Privé de repères spatio-temporels, il décide
de remonter le temps et d'analyser minutieusement les semaines qui
ont précédé son enlèvement. Il cherche le « grain de
sable » qui a fait basculer son quotidien dans cette
horreur.
« Ce que
je sais, c’est que je le sens se fermer. Le charme vient de se
rompre. Je ne suis pas dans un bar avec Lilly. Je suis dans une
tranchée puant le rance, la pisse, la merde et la pourriture des
chairs. Je suis un soldat qui attend l’assaut de l’ennemi. Un
soldat qui n’espère plus qu’une seule chose : sortir et
s’exposer au feu. Même si l’espoir d’échapper aux balles est
infime. Parce que tout vaut mieux que de rester enterré ici au fond
de mon trou. La seule solution, rejoindre le Chemin des Dames, et
frapper l’ennemi au hasard. »
Mais
outre
le thème de l’enfermement et de
la
privation de liberté – séquestration et déshumanisation – le
roman aborde également l’isolement et la folie.
La solitude : l’isolement
absolu
Mais de tous les
thèmes abordés, celui qui me semble majoritaire est la solitude,
qui attaque autant le corps que l’esprit.
La
solitude physique est une privation sensorielle, une
perte de la notion du temps ; Louis n’a plus que sa
mémoire
et ses
pensées
comme compagnons, mais ses souvenirs devenus refuges sont aussi des
pièges et quelquefois des illusions.
La
solitude mentale est ici une lutte : rester soi-même quand il n’y
a plus rien pour nous rappeler qui nous sommes ; car
même
lorsqu’il reçoit des messages ou des énigmes de son ravisseur,
Louis reste seul
: seul à interpréter, seul à comprendre, seul à affronter la
peur.
On
pourrait même dire que son
bourreau brille par une absence
omniprésente, menaçante,
renforçant
encore davantage
la notion
de solitude.
Deux
miroirs pour comprendre Louis
Suzanne,
la collègue de Louis et Hubert, un employé ordinaire dans un
cabinet d’assurance ne sont pas seulement deux personnages : ils
sont deux
pôles
qui permettent de comprendre la complexité de Louis. Suzanne permet
d’aborder la
tendresse et la douceur,
mais aussi la
fragilité humaine,
à travers ses propres failles et sa manière de percevoir Louis.
Hubert,
quant
à
lui, apporte une autre tonalité : celle de la tension
sociale et psychologique ; il
incarne une ombre,
un possible bourreau, ou du moins une figure qui nourrit les doutes….
L'oxymore pour marquer les
esprits
D’après le Petit Robert, un
oxymore est une figure de style qui consiste à associer deux mots de
sens contraire : une douce violence, une obscure clarté, un
silence assourdissant.
En associant deux mots qui
n'auraient jamais dû se croiser, on crée un choc visuel et
intellectuel.
Le
roman met en scène un homme vivant
dans un espace où tout évoque la mort ;
Louis est bel et bien vivant,
mais comme mort. Dans
son enfermement, il cherche une forme de clarté
- comprendre, se souvenir, trouver un sens - alors qu’il est plongé
dans une obscurité
totale.
Il
oscille
entre une lucidité
extrême – l’introspection - et une folie latente
qui peut à tout moment le faire basculer dans l’isolement et la
perte de repères. Sa
seule échappatoire : fabriquer
des stratégies pour ne pas s’effondrer.
Pour
survivre, Louis doit se
souvenir,
mais ses souvenirs sont fragmentés,
incertains,
parfois trompeurs ; le passé éclaire mais
obscurcit
à la fois.
Pour conclure…..
« Oxymort »
est un roman riche et puissant qui traite de la psychologie
humaine en situation extrême,
des zones
d’ombre de la mémoire,
des contradictions
intérieures
qui nous habitent. Mais la solitude y est un thème majeur, une
expérience totale,
physique, mentale et existentielle.
« Suzanne
entre chez elle, repousse la porte du pied sans la verrouiller, pose
son sac sur le canapé, s'assoit sans ôter son manteau. Puis elle
attrape le paquet de copies sur lesquelles ont planché ses élèves.
Le sujet du jour : « Est-ce qu'un silence peut être assourdissant ?
» Avant de les laisser débuter la rédaction, Suzanne avait demandé
si quelqu'un connaissait le terme pour désigner ce genre
d'association antagoniste. C'était Muriel Gauthier qui avait
répondu, la fille qui avait tenté de se suicider quelques jours
auparavant : « Un oxymore... c'est comme ça que ça s'appelle,
madame... un oxymore. »
la
solitude du roman est contradictoire,
oxymorique : elle détruit Louis mais elle le pousse aussi à se
reconstruire intérieurement. Elle est à la fois mortifère et
révélatrice, une solitude qui tue et qui éclaire. Elle structure
tout le roman et donne au récit son atmosphère oppressante et
introspective.
Un
livre que l’on ne voudrait pas avoir lu et pourtant, un livre que
l’on n’arrive pas à lâcher…..